Fin d’œuvre, 1919· Poésies anciennes
Les charmes de l’horreur
J’entends dire souvent : « Les extrêmes se touchent. »Et chaque fois pourtant les oreilles se bouchentQuand un poète sombre aimant la véritéProclame que le laid touche au beau d’un côté.Mon œil sondant la terre aussi bien que la nueVoit une étoile au fond de l’horreur toute nue ;Pâle comme la mort, douce comme une sœur,Elle éclaire le gouffre et dore l’épaisseur,Elle arpente le corps pourri de la tuéeEt fait une auréole à la prostituée ;Au moignon découvert du manchot mendiant,Au cadavre où s’enfonce un fer d’étudiant,Au fou quinteux, riant surtout quand il divague,Elle donne un aspect mélancolique et vagueEt brille sur les chars des funèbres convois.Eh bien ! cette lueur macabre que je voisDans l’horreur où descend sa noire fantaisie,C’est un rayon divin d’étrange poésie.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources