Fin d’œuvre, 1919· Interprétations de poésies d’Edgar Poë
Un rêve dans un rêve
Plus qu’un baiser ! je pars ! oh ! mais qu’auparavant,Cet aveu de mon âme en ton âme se plonge :Tu ne te trompes pas ! oui ! je rêve en vivant,Et mes jours écoulés n’ont tous été qu’un songe.Que l’espoir un instant ait brillé sur mon toit,Qu’il m’ait ou non séduit avec un seul mensonge,Qu’importe ! il a fui loin de moi.Hélas ! partout, sans fin ni trêve,Tout ce que l’on paraît et tout ce que l’on voitTout n’est qu’un rêve dans un rêve !Au bord d’un océan sillonné par la trombeJe serre dans ma main des grains de sable d’or,Mais pendant que je pleure et que je pleure encor,Ils glissent dans le trou : l’un après l’autre y tombe.Oh ! Dieu ! puis-je en crispant l’étreinte de mes doigtsEn disputer un seul – rien qu’un seul ! à la tombeQui bâille dans ces flots si froids ?Hélas ! partout, sans fin ni trêveTout ce que je parais et tout ce que je voisN’est-il qu’un rêve dans un rêve !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources