La nature, 1892
Les libellules
Fantasque essaim toujours errant,Les libellules se poursuivent,Et leurs gais chatoiements s’aviventAux ardents reflets du torrent.
Déjà moiré, parfois s’iriseLe petit tulle si légerQui leur permet de voltigerDans tous les sens comme la brise.
Les unes, taciturnement,Laissent flotter leur nonchalance ;D’autres, pour brûler le silence,Dardent l’éclair d’un ronflement.
Dans les airs elles font des lieues,Mais, toujours, en haut comme en bas,Les grandes vertes ont le pasSur les toutes petites bleues.
Leur démence de libertéDont elles ne savent que faireLes emporte dans l’atmosphèreQui les saoule de sa clarté.
Au moindre vent qui les fustigeA fleur d’écume ou de rocher,Chacune vient se rapprocherDe la branchette ou de la tige,
Impondérable, mais pourtantLourde encor, si peu qu’elle y touche,Pour le brin d’herbe qui se coucheEt se relève en tremblotant.
Longs clous d’or et de pierreriesAyant grosse tête, gros yeuxEt fines ailes, sous les cieuxElles promènent leurs féeries.
Elles vont flairer les roseauxEt puis reprennent leur voyageEntre les frissons du feuillageEt les miroitements des eaux ;
Et, quand leur vol, plein de crochets,De zigzags et de ricochets,Ayant lassé les demoiselles,
On les voit enfin s’arrêter :Elles semblent moins s’éventerQue respirer avec leurs ailes.
Versification
- Forme
- Strophes régulières
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a errant / torrent féminine, classiqueb poursuivent / s’avivent masculine, classiquea s’irise / brise masculine, classiqueb léger / voltiger féminine, classiquea taciturnement / ronflement féminine, classiqueb nonchalance / silence masculine, classiquea lieues / bleues masculine, classiqueb bas / pas féminine, classiquea liberté / clarté féminine, classiqueb faire / l’atmosphère masculine, classiquea fustige / tige masculine, classiqueb rocher / rapprocher féminine, classiquea pourtant / tremblotant féminine, classiqueb touche / couche masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources