La nature, 1892
Mon chien pistolet
Sa gravité comique et son froid badinageFont que mes yeux distraits s’amusent, n’importe où.Au creux, sur la hauteur, au bord de l’eau, partout,Rôde éternellement notre compagnonnage.
Même en ses jours de fugue et de libertinageIl vient me retrouver encore – tout à coupIl surgit d’un buisson, d’un bois, d’un casse-cou,Et reprend devant moi son gai papillonnage.
De face ou de profil – assis comme debout,Au petit pas, rampant, à la course, à la nage,Dans toutes ses façons, il est bien moyen-âgeAvec son œil de biche et sa couleur de loup.
Souple et fort – jappant sec et plutôt taciturne,Ce chien d’acier répond au nom de Pistolet :Et certe ! il en vaut un par sa garde nocturne !
Au moindre craquement de porte et de voletIl s’arme ! et, si quelqu’un pénétrait dans la salleIl ne ferait qu’un bond, soudain comme une balle.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources