Les apparitions, 1896
Effet de vent
Aujourd’hui le vent froid qui lutine l’eau plateLa traverse en tous sens, la brosse, la vernit,L’obscurcit, la débrouille et puis la reternit,La fustige, la mord, la caresse et la flatte.
Y décochant moiré l’infini des frissons,Il en tend l’élastique au plaisir de son souffle,Il la pince, la tord, la creuse, la boursoufle,A la fois la pétrit de toutes les façons.
Il lui fait des tuyaux, des loupes et des dents,Après qu’il l’a ridée à plis se confondantOu qu’il l’a crespelée en frisons insensibles,
Et, toujours va changeant, furtif, prestigieux,Le grand morceau muet que chante pour les yeuxCe liquide clavier sous ces doigts invisibles.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources