Les apparitions, 1896
L’arbre mort
Là-bas, où le coteau qui mure l’horizonOurle avec ses genêts le bord du ciel sans tache,Le vieux chêne rigide, en entier se détache,Noir sur un azur cru, lumineux à foison.
Or, baigné des clartés de la chaude saison,Ce taraudé du ver, ce rebut de la hache,Squelette de l’écorce et de la frondaisonEst sinistre déjà !… Mais que le jour se cache…
Vienne le soir avec le hibou gémissant…Alors, à son aspect, c’est un froid qu’on ressent :Car, ayant l’air crispé d’un grand spectre en démence,
– A mesure qu’au loin la campagne brunit –Il surgit tout sanglant du soleil qui finitDans la livide horreur de la nuit qui commence.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources