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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les apparitions, 1896

Enfin la nuit !

Maurice Rollinat· 66 vers

S’écroulant dilaté, pendu toujours moins haut,Le sanglant astre en feu,Peu à peu,Se reculeEt s’annule.L’onde à souffles froidis éteint barque et roseau ;Le gris du crépusculeTeint l’air bleuOù se meutLa virguleQue fait double au lointain le vol d’un grand oiseau.

Encore çà et là flottent des papillons.On voit se rassembler,Se mêlerBien des ailesToutes frêles,Tourniquant leur trépas dans les derniers rayons ;Et voici demoisellesRevoler,SautelerSauterellesDans le blême où tremblote un brumeux vermillon.

Puis rien ne bouge au ras des herbes et de l’eau ;Le marécage épaisPrend la paixDu mystèreEt s’enterre.On ne distingue plus la blancheur du bouleau ;L’ombre revient austèreAux secretsDes forêtsSolitaires ;La couleur, à son tour, s’efface du tableau.

Il monte alors des fonds de limoneuses voix :Le sinistre miaouDu hibouMord, relanceLe silence ;La chouette ricane et pleure aussi parfois ;La feuille se balanceAu frou-frouDu vent mou.Somnolence,Et vague horreur planant sur la cime des bois !

Enfin ! morts les aspects, meurent aussi les sons :Les sons froids et chagrins,Souterrains,Cris d’extase,De la vase !L’oiseau nocturne au creux des arbres en frissonsTait sa phrase ;Brins à brinsCieux, terrains,Tout s’écrase,S’abîme dans le noir qui ferme ses cloisons.

Pleine ombre ! Hors de moi je prends enfin l’essor !L’homme dit à la NuitSon ennui…L’âme avideSe dévideDans ce gouffre assez creux pour cacher le remord !A son charme perfideEt si fortMon cœur dortDans le vide,L’obscur et le néant comme un cœur déjà mort !

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources