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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les apparitions, 1896

La grotte

Maurice Rollinat· 46 vers

Dans la grotte où la peur d’une affreuse tempêtePar un couloir à pic avait conduit mes pas,S’engouffrait mon regard, mesurant de si basL’énorme hauteur d’ombre au-dessus de ma tête.

Du sol mou, de la voûte et des parois funèbres,A bouffements visqueux fluait l’humidité.J’avais l’impression que de l’hostilitéSe projetait sur moi de toutes ces ténèbres.

Car, par ses seuls effets, la nuit rendait sensibleLa chimérique horreur des démons et des morts,Faisant flotter les bras de tel monstre sans corps,Ramper le pas suiveur de tel être invisible.

Le clair-obscur chagrin qui pleurait dans ce videNe filtrait pas des murs non plus que du plafond :C’est parce qu’il sortait de terre, du fin fond,Qu’ainsi tout tremblotait hideusement livide.

C’était un jour complexe et qui changeait de place :Ici, brume verdâtre, et là, fumeux rideau.Ailleurs, noyant le noir comme une masse d’eau,Et, plus loin, s’y plaquant, vitreux comme une glace,

Mon regard s’embrouillait, trébuchant, incapableDe préciser l’aspect toujours fallacieux,Si bien, qu’hallucinés par leur doute, mes yeuxDans l’informe à présent voyaient de l’impalpable.

La profondeur des coins tout grouillants d’ombre froideY laissait supposer du reptile à foison ;Sous mes pas maint bourbier, comme un lac de poison,Tendait le guet-à-pens de son eau blême et roide.

L’étrangeté des bruits formait à voix couvertesComme un parler confus, appelant et rôdeur ;Des respirations vagues traînaient l’odeurQui monte des caveaux et des fosses ouvertes.

Tel murmure partait de tel objet muet ;Et l’Animé stagnait, l’Inerte remuait,Avec ce geste errant qui cherche et qui vous frôle.

C’était l’horreur magique, à craindre qu’une main,Celle de la Mort même, en grand squelette humain,Ne s’abattît soudain, lourde, sur mon épaule.Aussi, lorsque sorti de ce terrible abime

Où j’avais pu compter les toc-toc de mon cœur,Je repris mon chemin, – j’en usai la longueurA me redire, avec quelle stupeur intime !

« Nos savants cauchemars, cette vaine pâtureQue notre esprit invente à ses besoins d’effroi…Qu’est-ce donc à côté du fantastique froid,Du simple monstrueux créé par la Nature ! »

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources