Les apparitions, 1896
L’ensevelisseuse
Une très vieille repasseuseRend ici les funèbres soins :Tous les hameaux, fermes, recoins,Connaissent l’Ensevelisseuse.
On voit marcher une sorcièreQuand vers la maison d’un trépasDevant vous se hâtent les pasDe la sépulcrale ouvrière.
Elle arrive : son doigt tapote.C’est elle, ce toc-toc discret !On frémit, lorsqu’elle apparaît,Haute et droite dans sa capote.
Elle en a tant fait des toilettes,Des empaquetages de morts,Elle a tant manié de corpsBoursouflés ou déjà squelettes,
Elle a clos tant de bouches vertes,Tant d’yeux fixes vitrifiés,Elle a joint, les doigts repliés,Tant de livides mains inertes,
Elle en a tant vu, vieux et vierges,Grands, petits, par elle habillés,Et par elle ensuite veillés,Froidissant jaunes sous les cierges.Qu’il s’est empreint sur les traits creuxDe son dur visage d’ancêtre,Dans l’allure de tout son êtreComme un cachet cadavéreux.
Elle a pris un aspect funeste.Ce long contact blême et glacéA tout surnaturaliséSa voix, son regard et son geste.
Au long d’un mur ou d’un buisson,Elle surgit ! C’est le frisson.Et celui sur qui son œil tombe
Ne peut s’empêcher de songerQu’elle va bientôt le changerEt le costumer pour la tombe.
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources