Les apparitions, 1896
L’homme-fantome
C’est le mort de l’indifférence :Il a beau parler, se mouvoir,Il ne vit plus qu’en apparence.
Il a délaissé l’espéranceEt supprimé le désespoir.C’est le mort de l’indifférence.
Il assimile gain, dépense,Confond donner et recevoir.Il ne vit plus qu’en apparence.
De tout son entour d’existenceÉcho sourd, aveugle miroir,C’est le mort de l’indifférence.
Son cœur pratique sa sentence :« Pourquoi faire, dire, falloir ? »Il ne vit plus qu’en apparence.
Qu’importe : voilà ce qu’il penseDe tout ce qu’il peut concevoir.C’est le mort de l’indifférence.
Son avenir ? du déjà rance !Il appareille blanc et noir.Il ne vit plus qu’en apparence.
Dans la suite ou l’incohérenceIl voit les mots s’équivaloir.C’est le mort de l’indifférence.
Il estime la différenceNulle entre ignorer et savoir.Il ne vit plus qu’en apparence.
Inétonné des occurrences,Il semble avoir dû les prévoir.C’est le mort de l’indifférence.
L’universelle insoucianceFormant son rêve et son vouloir,Il ne vit plus qu’en apparence.
Machinal de la conscience,Du besoin comme du devoir,C’est le mort de l’indifférence.
Démis, à force de souffrance,De sentir et de s’émouvoir,C’est le mort de l’indifférence :Il ne vit plus qu’en apparence.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources