Les apparitions, 1896
L’image
Je n’entrais pas de fois dans la chambre, à toute heure,Sans donner mes regards comme autant de baisers,Au portrait du cher mort, assis, les bras croisés,Tel qu’en mon souvenir de frère qui le pleure.
Sa face roide et fixe alors semblait se fondre,Tressaillir, s’animer si douce, que, souvent,J’avais l’impression qu’il était là vivant !…Que, si je lui parlais, il allait me répondre.
Un soir, à la pâleur d’un méchant luminaire,Remué davantage encor qu’à l’ordinaire,J’examinais le mort, fantôme en cet instant,
Soudain, son œil brilla de la plus tendre flamme,Et je crus voir… je vis celui que j’aimais tantSe décroiser les bras pour embrasser mon âme !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources