Les apparitions, 1896
Souhait de mon âme
Condamnée à toujours replier ses essorsDans sa prison de chair qui, malgré tant d’efforts,Ne peut que se traîner à l’égal du cloporte,Ma pauvre âme, souvent, me parle de la sorte :
« Au sein du libre espace où je me plais sans trêveQue n’as-tu donc le corps d’un voyageant oiseau,De la pointe du roc ou du pied du roseauPrenant son vol ravi qui plonge et qui s’élève !
A tant hanter les airs, les forêts, l’arbrisseau,Les gouffres et les monts, la mer et le ruisseau,Tu vivrais la nature et tu saurais les rêves,Les mystères de l’eau, des souffles et des sèves.
Toujours plus, te crierais-je – approche-toi des cieux !Monte au divin soleil ! brûle et trempe tes yeuxA la pureté de ses flammes !
Cette enveloppe ailée étant digne de toi,Nous ne serions pas loin de former, elle et moi,La société de deux âmes ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources