Les apparitions, 1896
L’incendie
Ce jour-là, dissipant sa brume coutumière,Épanouissant chauds ses rochers et ses houx,Taciturne, au vol fier de ses grands aigles roux,La montagne en torpeur vibrait dans la lumière.
A mi-côte, engourdi comme un lézard des pierresJe buvais l’horizon, le val et le ravin,Et, les heures s’usant trop vite, le soir vint…Quand l’Enfer fit soudain se fermer mes paupières :
Une forêt flambait, brûlant les paysages,Pendant que le soleil mourait dans les nuages ;La magnifique horreur me tenait frémissant,Cloué sur la montagne, entre deux lacs de sang :L’un, froidi, qui caillait ses pourpres déjà vagues,L’autre, écarlate ardent, qui soulevait ses vagues.
Je m’enfuis… sous mes pas le sol était pareilA du feu – toujours plus, la fournaise agrandieRendait l’espace au loin hideusement vermeil.Derrière moi, venant d’éteindre le soleil,La nuit, sous les cieux bas lugubrement ourdie,Allait mêler – grondant, ses souffles en éveil –Le drame de l’orage avec la tragédieDiabolique de l’incendie !…
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources