Les apparitions, 1896
Le bohémien
Il est parti, le saltimbanque,Des hameaux inhospitaliers ;Ventre creux, fourbu, sans souliers,Il marche et la force lui manque.
Par une route en entonnoirQui longe une eau couleur de suie,Il traverse un val deux fois noirDes ténèbres et de la pluie.
Ses jambes sous le vent qui beugleEntr’ouvrent leur douteux compas,Mesurant leur écart au pasDu pauvre petit âne aveugle.
Celui-ci, jamais à la finDe son chemin toujours contraire,Par intervalles, vient à brairePour crier son mal et sa faim.
Lui le traîne, – dans la carrioleL’enfant geint, la femme s’étiole…Et le damné, pris de terreur,
Frémit, au destin rend les armes…La Nuit voit longtemps, pleins d’horreur,L’Homme et le Ciel mêlant leurs larmes.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources