Les apparitions, 1896
Le vieux pauvre
Dans ce pays lugubre, épineux et mauvais,Parsemé d’étangs noirs, masqué de bois épais,Où le murmure errant s’étouffait comme un râle,Le soir allait bientôt filer sa toile pâle.
Le soleil écroulé sur les hauteurs chenues,Réduisant ses rayons toujours plus rapprochés,Vermillonnait les airs, les feuilles, les rochers,Saignait, liquéfié, sa pourpre au bas des nues.
Tout à coup descendant la colline, effrayantD’âge et de majesté, surgit un mendiant !Et mon regard, montant des profondeurs blafardes
Au sommet de ces bois écrasés de sommeil,Vit en ce grand vieillard dont rougeoyaient les hardesLe Temps qui cheminait dans le sang du soleil.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources