Les apparitions, 1896
Le géant et le nain
C’est à l’aube parmi d’innocentes forêtsOù l’oiseau se réveille aux pleurs de la rosée ;La lumière renaît, humide, tamiséePar l’amas engourdi des grands feuillages frais.
Un chêne est là dressé, la tête près des nues.Survient un nain, tenant entre ses mains menuesQuelque chose qui jette au loin des éclairs froids…Puis, quand il a flairé cet arbre plusieurs fois,
Il s’en rapproche, ainsi qu’une bête à venin,Et lui tranche le pied avec un air de haine.Mais, le Géant s’écroule en écrasant le Nain !
Juste revanche ! L’un à tomber fut plus promptQue l’autre à fuir ! Ainsi, souvent, le bûcheronExpie au fond des bois l’assassinat du chêne.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources