Les apparitions, 1896
Le lierre
Non ! jamais je ne vis de rocher plus affreuxCeinturé large et dru d’un plus superbe lierreAyant l’énormité verte aussi singulièreÉpanoui si frais sur un gris si cendreux.
Et pourtant, tout en haut, le fantastique blocTrônait sur une côte absolument chenue.Qu’importe ! l’arbrisseau né de la pierre nueAvait fait sa noueuse étreinte autour du roc.
Et comme je quittais le soir ce coin farouche,Devinant ma pensée – avec leur voix sans boucheLes choses tristement me chuchotaient en chœur :
« Ce lierre te suivra longtemps quoi que tu fasses !Pur symbole qu’il est des souvenirs vivacesS’obstinant à verdir la pierre de ton cœur ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources