Les apparitions, 1896
Les pas
Vieux ou jeunes, les pas n’ont point de perfidie,Ils ne sont point astucieux,Comme la parole et les yeuxIls ne sauraient jouer de longue comédie.
Sur eux, grands ou menus, précipités, tardifs,Notre âme a peu de surveillance :Ils recèlent, selon qu’ils sont sûrs ou furtifs,Bonne ou mauvaise conscience.
Ils trahissent nos peurs, nos luttes, nos mensonges,Miment le secret des pensers ;Leurs façons, leurs dehors sont moins influencésPar notre sang que par nos songes.
Suivis et précédés de la mort qui les guetteEt toujours plus les inquiète,Ils colportent la vie en l’espace béantDemeurant toujours solitaire…Puisqu’ils ne font, hélas ! qu’y traîner du néantSur l’éternité de la terre.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources