Les apparitions, 1896
Le naufrage
Hurlant, gesticulant des appels sans réponse,Les naufragés, debout, têtus dans leur espoir,Dévorent du regard l’ombre vide, sans voirQue toujours, toujours plus, le navire s’enfonce.
Le flot s’y précipite, à lourd glougloutement,Rentre avide aux parois de sa masse qui flotteToujours plus bas, plus creux, et d’où confusémentMonte un tumulte errant qui grince et qui sanglote.
Puis, silence et stupeur ! Chacun s’est mis à suivreL’engouffrement sournois du même œil agrandiEt compte les instants qui lui restent à vivre :
Dix minutes ?… Qui sait ? ou rien qu’une peut-être ?…Quand… un seul cri d’horreur vers l’horizon mauditSort d’eux tous à la fois se voyant disparaître !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources