Les apparitions, 1896
Le serpent
Tordu sous les pieds joints de la madone fièreQui l’écrase d’un air vainqueur,Le serpent s’anime, et, moqueur,Siffle et darde ces mots à la fille en prière :
« – Créé pour le poison, malgré moi j’en suis l’hôteEt l’insinuateur fatal,Tandis que l’homme libre est conscient du malQu’il pense et commet par sa faute.
Prends la Nature pour ÉgliseEt son murmure pour sermon,Tu sauras si le vrai démonC’est bien moi qui le symbolise
Clémente aux animaux, quand tu les connaîtras,Tu verras que sur terre, en fait de scélérats,Tes pareils sont les plus à craindre :
Et, moi que tu maudis… qui sait ? peut-être un jourExcusant mon venin par celui de l’Amour,Ton cœur finira par me plaindre. »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources