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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les apparitions, 1896

Les deux pluies

Maurice Rollinat· 42 vers

L’une tambourinant, battant vitres, toiture,Les herbes, les cailloux, le feuillage, le roc,Oblique, tiède et lourde, et tombant tout d’un bloc,Est un épanchement joyeux de la nature.

Aux rayons du soleil chaud qui la diamante,Lavant les airs, mouillant la clarté qu’elle augmente,Elle illumine l’ombre et rend moins incertainsLe rocheux des profonds, le boisé des lointains.

De ses fils clairs et gros qui cognent, rebondissent,Trouant le sol, criblant la surface des eaux,Elle amuse les yeux et réjouit les os,Fait qu’à son bercement les tracas s’engourdissent.

Et, presque, on la voudrait de plus longue durée,On en a le regret quand elle dit adieu,Car, son grillagement de l’atmosphère a lieuSous le beau rire pur de la voûte azurée.

L’autre au coulement droit, monotone, muet,Froid déluge compact et cependant fluet,Donnant au paysage un air de cimetière,Exprime le chagrin de la nature entière.

Sous le ciel qu’elle bombe et qu’elle rétrécit,Elle éteint l’horizon et condamne l’espaceA l’hermétique horreur de son onde rapaceQui toujours plus avant le glace et l’obscurcit.

Le lent picotement de ses larmes si molles,Mais dont la persistance acère la langueur,Détrempe, liquéfie à force de longueur,Fait des plus durs chemins d’abominables colles.

Sous le cintré fumeux de sa voûte abaisséeQu’éclaire sans soleil un jour froid de caveau,Elle est là, dévidant son sinistre écheveau,Vous entrant, par les yeux, la mort dans la pensée.

Chose informe, sans teinte, avec tant de silence,Elle est hideuse et montre affreux, stupéfiés,Des fantômes d’objets morfondus et noyésEn l’immensité vague où nul vent ne s’élance.

Et toujours elle dure… et c’est le cauchemar,Le fluide faucheux de l’infini blafardDans le vide qu’il comble épaississant sa trame !

La nuit arrive, on voit les choses s’engloutir…Et c’est si triste alors que vous croyez sentirTout le ciel pleurer dans votre âme.

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources