Les apparitions, 1896
Les deux scarabées
C’était exactement à cette heure sorcièreOù les parfums des champs rouvrent leur encensoir,Quand l’espace alangui baigne son nonchaloirDans la solennité rouge de la lumière.
Le soleil allumant les bruines d’étéQue les feuillages lourds buvaient comme une épongeFaisait en ce moment le paradis du songeDe l’humble jardinet si plein d’intimité.
C’est alors qu’un rosier m’offrit l’enchantementDe petites bêtes robéesD’émeraude et de diamant :Je pus assister longuementAux amours de deux scarabées.
Ils semblaient, se joignant avec un air humain,Dans la torpeur de la caresseCouver en eux sur leur couchette de carminTout l’infini de la tendresse.
Et je rêvai d’amants défunts dont les baisersSe recontinuaient en leur métempsycose,Devant ces deux petits insectes enlacésQui s’adoraient ainsi dans le cœur d’une rose.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources