Les apparitions, 1896
Soir d’enterrement
Sorti du cimetière où l’on a vu, ce semble,Dans l’inhumation que dévorait notre œilLe morne engouffrement de son propre cercueil,On vague abandonné de sa raison qui tremble.
Sous le ciel rouge ou blanc, d’azur, d’ombre ou de cuivre,Dans un chaos pensant cœur envertiginé,On rumine à la fois sa haine d’être néEt sa peur du trépas que l’on sent vous poursuivre.
Puis, par degrés, l’horreur se retire de vous,Ce grand tourment devient si distrait et si douxQu’ici, là, vos regards détaillent, font des pauses :
Votre sang-froid revient de vous être isoléDans l’espace éternel où l’on est consoléPar l’indifférence des choses.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources