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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les apparitions, 1896

Vengeance d’outre-tombe

Maurice Rollinat· 39 vers

Ceci se passe au fond d’un antique châteauPerché noir et lugubre au sommet d’un coteau :Là, toute seule, habite une très vieille dameQui, dans son jeune temps, dût tuer une femmePar le poison, plus lâche encor que le couteau.Son crime, à certains jours, lui remonte sur l’âme ;Pour l’heure, elle ne veut pas dormir de sitôt,Car son fluide agit sur une table énorme,Épaisse, d’un poids monstre et d’une étrange forme.Elle la fait tourner pour la première fois,L’activant du regard, du geste et de la voix ;Depuis longtemps déjà, la nuit file sa trame,L’orage met dans l’air de l’horreur et du drame.

Replaçant ses mains sur les bordsDe la table qui déraisonne,Elle dit : « Allons ! tu t’endors ?… »Bientôt, maint craquement résonne.

La vieille interroge des morts,Et jusqu’à la moelle frissonneQuand l’un d’eux parle de remords…Juste à ce moment minuit sonne :La table avec d’affreux effortsSe lève, la dame soupçonneSa haine, et veut fuir au dehors…Mais, le meuble lourd l’emprisonneEn lui barrant la porte. Alors,Sous l’esprit fou qui l’éperonne,Cette table a des bonds plus fortsContre l’être qu’elle environne,Puis, tumultueuse, elle tonneAvec ses quatre gros pieds tors,Et, comme une masse à ressorts,Se précipite sur ce corpsQu’elle écrase, lente, et tronçonne…

Ainsi, par le pire des sorts,Finit cette vieille personneDans son grand château monotoneOù gémissent les cris discordsDes hiboux et du vent par les longs corridors.

39 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources