Les bêtes, 1911
Convoitise
Près de l’âtre, assis droit, la queue en demi-cercle,Sur ses petits pieds de devant,Le chat est le voisin ronronneur et rêvantD’une braisière sans couvercle.
De temps en temps, son poil ou son oreille vibre…Puis, le voilà presque voûté,Si dormant que parfois il penche d’un côtéComme s’il perdait l’équilibre.
Or, pendant qu’il sommeille, une métamorphoseS’opère… Au lieu du vieux fricotMijotant sur la cendre, un succulent gigotCuit à la flamme longue et rose.
Par degrés, aux senteurs de l’ail et de la viande,Le chat, toujours moins engourdi,Tressaille, puis bâillotte, et, presque déroidi,Hoche un peu sa tête friande.
A petits cherchements, flairant la graisse frite,Se baisse le nez du minetDont le réveil s’achève et qui la reconnaît,La broche avec sa lèchefrite !
Alors, les yeux gourmands, plein d’envie, il se haussePour voir le beau rôti qui, déjà si dorant,Avec tant de lenteur tournique, tout pleurantDes gouttelures de la sauce.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources