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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les bêtes, 1911

Fleurs-papillons

Maurice Rollinat· 52 vers

Papillons blancs, papillons roses,Papillons bleus et violets,Par leurs teintes, frissons et poses,Sont les petits frères follets,Mélancoliques et muets,Des marguerites et des roses,De la pensée et des bleuets.

Oscillant, les papillons rougesÉvoquent soudain dans les airsLe haut coquelicot qui bouge.Se balance à tort à travers,Au zéphir que sa fuite emporte,Puis longent les grands bois déserts,La rivière accueillante, accorte,Dont le chatoiement les exhorteA leurs beaux zigzags si divers.

Papillons gris, bruns, jaunes, vertsMiment la pauvre feuille morte,L’humble mousse des rochers fiers,Les corolles frêles ou fortes,Les calices ternes ou clairs.

Le vent calmant sa fougue acerbe,L’astre visitant le recoin,Tel grand papillon n’est-il pointLa rose au plus royal prestige,Quand las d’espace et de vertigeÉtalant son grenat superbe,Embrasé, radieux à point,Il se pose au bout d’un sainfoinOu sur la cime d’un brin d’herbe ?

Il s’y pâme, y tremble ou s’y figeAinsi que la fleur sur sa tige.Et tout comme sa bien-aiméeQui s’ouvre et se ferme, aussi lui,Suivant sa joie ou son ennui,A son aile ouverte ou fermée.

Sans parfum ? Oui, mais tant qu’ils peuvent,Ils l’aspirent et s’en abreuvent,En ont tout le délicieux,Le suc même au cœur de leurs sœursDont les frémissements berceursLes tiennent ravis sous les cieux,En divine extase, comme elles.

A longs pompements amoureuxChacune est si bien possédée,Âme, corps, arôme, par eux,Qu’ils embaument, dans mon idée !

Ayant des tons fanés et vieux,Des couleurs tendres et nouvelles,Les chers papillons gracieuxSont pour le rêve de mes yeux,Toutes les fleurs, avec des ailes.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources