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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les bêtes, 1911

Vermicule et roi de cailles

Maurice Rollinat· 46 vers

Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !…Mais dehors, par ce ciel rouge qui se grisaille,Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

Ça s’arrête et reprend ! Tout à la fois, ça sortDe tel meuble, d’un cadre, ou bien de la muraille.Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

Il est partout aussi, cet autre bruit discord,Dans l’arbre et le marais, dans l’herbe et la pierraille…Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

Allons bon ! Juste à point, déclanchant son ressort,Voici que douze fois ma pendule sonnaille !…Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

Puis, mon grenier hanté qui veut être en rapportAvec ma chambre, ébauche un sabbat de rataille…Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

L’essaim des visions commence à prendre essorEt frôle ma pensée intime qui tressaille.Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

Diable ! Le chat-huant miaule… Mauvais sort !Et le tonnerre au loin grondasse en basse taille…Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

Ce bruit de balancier pressé revient encor…Toujours plus l’ombre serre et rétrécit sa maille.Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

Mais dans ce fouillis noir d’immensité qui dort,Dans le silence affreux qu’il moud, racle et limaille,Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

Ouverte à cette nuit faite pour le remord,Sur ses gonds ma fenêtre en grinçotant tournaille.Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

En ce moment, ici, l’horreur coule à pleins bords,Des spectres sont assis sur mes chaises de paille.Quel est ce râle errant, si lugubre et si fort ?

Il semble que soudain mon plancher s’entrebâilleBéante devant moi, c’est donc la tombe !… Alors,Tac, tac, tac, tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

Oui, je m’alarme à faux, oui, je frémis à tort,Mais mon cœur, malgré moi, dans l’obscur s’embroussaille.Quel est ce râle errant si lugubre et si fort ?

L’effroi désenlacé rerampe et se retordAutour de ma raison qui déjà moins me raille.Tac, tac, tac. tac, tac, tac ! l’horloge de la mort !

J’ai beau me dire : il vient d’un ver et d’une caille,Ce double bruit qui fait un si terrible accord ;Je crains ce râle errant si lugubre et si fort,J’ai peur de l’invisible horloge de la mort !

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources