Les bêtes, 1911
Impatience de fourmi
Or, la vieille fourmi qui veut traîner chez elleUn vermisseau lové sous un caillou pointu,A pris, pour l’assister, une sœur jouvencelleAyant la jambe dure et le pinçant têtu.
Mais gauche en ses efforts dont elle use et harcelleSon tirochement droit, courbe, oblique, tortu,L’aide aggrave le poids de ce vivant fêtu,Nuit au lieu de servir, en dépit de son zèle.
Tant et tant qu’à la fin… Crac ! la mère fourmiFond sur la jeune ainsi que sur un ennemi,La mord, l’expulse en conscience.
Puis, revenant tout seul au ver abandonné,Le vieil insecte peine, et répare, obstiné,Son mouvement d’impatience.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources