Les bêtes, 1911
La chanson des boucs
Nous sommes les amants ravis,Toujours prêts, jamais assouvis,Les plus féconds dans la nature,Ensemenceurs de géniture.Pour saillir net et d’un coup ! Flouc !A nous l’honneur ! Vive les boucs !
En amour, jamais déconfits,Nous tiendrions tous les défis.A l’étable et sur la verdureNous sommes toujours en postureOblique sur les chèvres : Flouc !Nous les grimpons ! Vive les boucs !
Les plus durs sentiers sont suivis,Les plus hauts rochers sont gravisPar nos élans, si d’aventureNous reniflons dans la pâtureL’odeur de la femelle ! Flouc !Nous nous ruons ! Vive les boucs !
Et pourtant nous sommes maudits,Fils du Diable à ce qu’on assureNous symbolisons la luxure.Eh bien ! tant mieux ! Allons-y ! Flouc !Vive l’Enfer ! Vive les boucs !
23 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources