Les bêtes, 1911
La mère oie
Las des chiendents sableux et des rochers en cônes,Voici que la mère oie et son troupeau d’oisonsQuittent la triste berge âpre en toutes saisons,Dont l’herbe leur a fait de si maigres aumônes.
Alors sur la rivière où le feuillu des aunesMêle aux glouglous de l’eau ses soupireux frissons,Vogue miniaturesque, entre arbres et buissons,Un canot blanc cerné de petits bateaux jaunes.
A la nuit, les oisons vers leur grand poulaillerRemontent tous à pic, au long du fin sentier,La mère oie, en avant, guetteuse tutélaire,
Qui, mesurant sa marche à leur cheminement,Siffle, torve, à plein bec, si vipéreusementQu’on dirait un aspic, sibilant sa colère.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources