Les bêtes, 1911
La salamandre
Je reviens, comme j’ai coutume,Par le chemin des bois. Il pleut,Mais si doux ! Le ciel, toujours bleu,Rit à l’air que le vent parfume.
Sur le sol charbonneux s’embrumeUn brasier qui meurt peu à peu.Çà et là, brûlant comme il peut,Du rondin noirci claque et fume.
Tout à coup surgit au milieu,D’un jaune que la braise allume,Un gros lézard-crapaud qui humeLa respiration du feu.
On dirait qu’il trouve aux tisonsLa même fraîcheur qu’aux gazons,Et je me dis, sans m’en défendre,Aux cris du hibou qui se plaint,Que certains soirs l’Esprit malinDoit se changer en salamandre.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources