Les bêtes, 1911
Les goëlands
Massifs, en manteau noir, ils vivent leur prisonD’immensité si chauve et sans un horizon,Piochant avec leur bec robuste, haut et large,Tout le cadavéreux qui leur descend du large.Désenivrés des airs, retombés sur les grèves,L’aveugle et sourd ennui mène les goëlandsEt c’est dans la stupeur qu’ils posent leurs pieds blancsSur les îles de rocs où vont croupir leurs rêves !L’obscur et le rentré de leurs yeux jaunes froidsDisent qu’en sa langueur leur âme se replie.Moroses de maintien, de mouvements, de voix,Ils sont les lourds oiseaux de la mélancolie,Car à jamais errants par les déserts du vide,Entre deux infinis lassant leur aile avide,Ils voient dans les rumeurs, les fracas, les sanglots,Face à face, astre et mer, les brumes et les flotsMimer leur même horreur flamboyante ou livideAu fil du temps qu’en vain l’éternité dévide.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources