Les Musardises, 1893· I La chambre d’étudiant
IV. À la même
EN LA COIFFANT DE SON ABAT-JOUR
Car, sans lui, tu n'es rien,‖ puisque, sans lui, tu laissesDivaguer ta clarté :Elle est ton âme souple‖ aux trop blondes mollesses ;Il est ta volonté.
Et je te coiffe donc‖ de l'abat-jour sévère.Il n'a pas de feston ;Mais on voit s'élargir‖ en cône de lumièreSon cône de carton.
C'est lui qui, sur la table,‖ avec ta clarté d'ambre,Forme un cercle clans quoiTous les rêves flottant‖ aux ombres de la chambreSont convoqués par moi.
Autour de la paroi‖ transparente du cône,Plus d'un monstre hagardVient tourner, attiré‖ par le beau piège jaune,Le flaire, et puis repart.
Mais, franchissant le cercle‖ où l'on voit luire, au centre,Le cuivre de ton pied,Plus d'un autre, saisi‖ dans le moment qu'il entre,Tombe sur le papier.
C'est là qu'ils tomberont,‖ autour du pied de cuivre,Tous ces rêves, en rond !Et c'est, quand on voudra‖ les obliger à vivre,Là qu'ils résisteront !
Car c'est sous l'abat-jour‖ que se dore et se crée,Tremble et se circonscrit,Le champ mystérieux‖ d'une lutte sacréeSans armes et sans cri.
Allons, lampe, venez !‖ que d'un sage couvercleOn rabatte vos feux ;Et que sur cette table‖ apparaisse le cercleHumblement merveilleux !
Le cercle se dessine.‖ Attendons que tout dorme ;Puis, forçons, quand tout dort,La pensée à venir‖ se battre avec la formeDans cette arène d'or.
C'est pour cela qu'on vit,‖ pour amener, de l'ombreDans ce rond de lueur,Des rêves… deux ou trois…‖ on ne sait pas le nombre…C'est pour cela qu'on meurt.
Les couronnes ne sont,‖ que semble, sur les tempes,Un dieu brusque apporter,Que ce qui, du halo‖ quotidien des lampes,A fini par rester.
1890
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (22 de 6, 22 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a laisses / mollesses féminine, classiqueb clarté / volonté masculine, classiquea sévère / lumière féminine, classiqueb feston / carton masculine, classiquea d'ambre / chambre féminine, classiqueb quoi / moi masculine, classiquea cône / jaune féminine, classiqueb hagard / repart masculine, classiquea centre / entre féminine, classiqueb pied / papier masculine, non classiquea cuivre / vivre féminine, classiqueb rond / résisteront masculine, classiquea crée / sacrée féminine, classiqueb circonscrit / cri masculine, non classiquea couvercle / cercle féminine, classiqueb feux / merveilleux masculine, classiquea dorme / forme féminine, classiqueb dort / d'or masculine, non classiquea l'ombre / nombre féminine, classiqueb lueur / meurt masculine, non classiquea tempes / lampes féminine, classiqueb apporter / rester masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Musardises, E. Fasquelle (Paris), 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources