Les Musardises, 1893· III La maison des Pyrénées
I. La maison
O toiture, tu te dessines !Asile vert, je te revois !Quatre colonnes de glycinesSupportent deux balcons de bois.
Le store met une paupièreAu regard d'un miroir sans tain ;Et le bon jardinier Jean-PierreFlûte un petit rire enfantin.
L'étroit pont de schiste se marbreDes ombres de la frondaison.Le piano chante dans l'arbre,Tant l'arbre est près de la maison.
La clôture est une volièreOù les oiseaux chantent en chœurQu'il faut bien agiter le lierrePuisqu'il a la forme d'un cœur.
Toute cette maison chantanteQui se mire dans un ruisseauSent le coutil, comme une tente,Et sent l'iris, comme un berceau !
Décoré d'une antique hucheEt de trois chaises, l'escalierSent la cire, comme une ruche,Et la pomme, comme un cellier.
Au salon tendu de cretonne,Un doux lustre vénitien,Quand nos rires montent, s'étonneDe se sentir moins ancien ;
Les portes que le vernis doreSemblent, pour rendre ce salonPlus délicatement sonore,Faites en bois de violon.
À voix haute on lit en familleTout ce qu'apporte le facteur,Et la sonnette de la grilleEst la sonnette du bonheur !
Je revois tout cela ! — L'abeilleBourdonnait, et j'avais dix ans.Ah ! je crois que je me réveilleDans ma chambre aux parquets luisants !
Les hauts volets de cette chambreÉtant de ce bois odorant,De ce beau sapin couleur d'ambreQue le soleil rend transparent,
Je pouvais, les fenêtres closes,Dire que le ciel était bleuLorsque les volets étaient rosesComme des doigts devant le feu !
Pour voir les pics couverts de neigeEn faisant le grand tour du val,Le vieil écuyer du manègeVenait me chercher à cheval.
Je rentrais… Abeille, je t'aime,Qui, comme un miel sur du pain sec,Mettais sur le grec de mon thèmeUn murmure beaucoup plus grec !
Minutes que rendaient célestesLa mélodie et le travail !Tous nos orgueils étaient modestesComme des bijoux de corail.
Le soleil baignait Sauvegarde.Monsieur l'Inspecteur des forêtsEnvoyait souvent, par un garde,Des fougères que j'adorais !
Et cette maison de campagneSentait, lorsque tombait le jour,La mousse, comme la montagne,Le mystère, comme l'amour !
Un grand chapeau garni de tullePendait aux cornes d'un isard.Mon père traduisait Catulle,Et ma sœur déchiffrait Mozart.
Versification
- Forme
- 18 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 18(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 18 quatrains
- Mots à la rime
- a dessines / glycines féminine, classiqueb revois / bois masculine, classiquea paupière / Jean-Pierre féminine, classiqueb tain / enfantin masculine, classiquea marbre / l'arbre féminine, classiqueb frondaison / maison masculine, classiquea volière / lierre féminine, classiqueb chœur / cœur masculine, classiquea chantante / tente féminine, classiqueb ruisseau / berceau masculine, classiquea huche / ruche féminine, classiqueb l'escalier / cellier masculine, classiquea cretonne / s'étonne féminine, classiqueb vénitien / ancien masculine, classiquea dore / sonore féminine, classiqueb salon / violon masculine, classiquea famille / grille féminine, classiqueb facteur / bonheur masculine, classiquea L'abeille / réveille féminine, classiqueb ans / luisants masculine, classiquea chambre / d'ambre féminine, classiqueb odorant / transparent masculine, classiquea closes / roses féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea neige / manège féminine, classiqueb val / cheval masculine, classiquea t'aime / thème féminine, classiqueb sec / grec masculine, classiquea célestes / modestes féminine, classiqueb travail / corail masculine, classiquea Sauvegarde / garde féminine, classiqueb forêts / j'adorais masculine, classiquea campagne / montagne féminine, classiqueb jour / l'amour masculine, classiquea tulle / Catulle féminine, classiqueb isard / Mozart masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Musardises, E. Fasquelle (Paris), 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources