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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième

ODE III. A M. de Caumartin

CONSEILLER D’ÉTAT, ET INTENDANT DES FINANCES

Jean-Baptiste Rousseau· 48 vers

Digne et noble héritier des premières vertusQu’on adora jadis sous l’empire de Rhée,Vous qui, dans le palais de l’aveuglePlutus,Osâtes introduire Astrée ;

Fils d’un père fameux, qui, même à nos frondeurs,Par sa dextérité fit respecter son zèle,Et, nouvel Atticus, sut captiver leurs cœursEn demeurant sujet fidèle ;

Renoncez pour un temps aux travaux de Thémis :Venez voir ces coteaux enrichis de verdure,Et ces bois paternels où l’art, humble et soumis,Laisse encor régner la nature.

Les Hyades, Vertumne et l’humide Orion,Sur la terre embrasée ont versé leurs largesses,Et Bacchus, échappé des fureurs du lion,Songe à vous tenir ses promesses.

O rivages chéris ! vallons aimés des cieux,D’où jamais n’approcha la tristesse importune,Et dont le possesseur tranquille et glorieuxNe rougit point de sa fortune !

Trop heureux qui du champ par ses pères laisséPeut parcourir au loin les limites antiques,Sans redouter les cris de l’orphelin chasséDu sein de ses dieux domestiques !

Sous des lambris dorés, l’injuste ravisseurEntretient, le vautour dont il est la victime.Combien peu de mortels connoissent la douceurD’un bonheur pur et légitime !

Jouissez en repos de ce lieu fortuné :Le calme et l’innocence y tiennent leur empire ;Et des soucis affreux le souffle empoisonnéN’y corrompt point l’air qu’on respire.

Pan, Diane, Apollon, les Faunes, les Sylvains,Peuplent ici vos bois, vos vergers, vos montagnes.La ville est le séjour des profanes humains :Les dieux règnent dans les campagnes.

C’est là que l’homme apprend leurs mystères secrets,Et que, contre le sort munissant sa faiblesse,Il jouit de lui-même, et s’abreuve à longs traitsDans les sources de la sagesse.

C’est là que ce Romain dont l’éloquente voixD’un joug presque certain sauva sa république,Fortifioit son cœur dans l’étude des loisEt du Lycée et du Portique.

Libre des soins publics qui le faisoient rêver,Sa main du consulat laissoit aller les rênes ;Et, courant à Tuscule, il alloit cultiverLes fruits de l’école d’Athènes.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources