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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième

ODE V. A M. duché

DANS LE TEMPS QU’IL TRAVAILLOIT A SA TRAGÉDIE DE DÉBORA

Jean-Baptiste Rousseau· 50 vers

Tandis que dans la solitudeOù le destin m’a confiné,J’endors par la douce habitudeD’une oisive et facile étudeL’ennui dont je suis lutiné,

Un sublime essor te ramèneA la cour des sœurs d’Apollon,Et bientôt avec MelpomèneTu vas d’un nouveau phénomèneÉclairer le sacré vallon.

O que ne puis-je, sur les ailesDont-Dédale fut possesseur,Voler aux lieux où tu m’appelles,Et de tes chansons immortellesPartager l’aimable douceur !

Mais une invincible contrainteMalgré moi fixe ici mes pas.Tu sais quel est ce labyrinthe,Et que, pour aller à Corinthe,Le désir seul ne suffit pas.

Toutefois les froides soiréesCommencent d’abréger le jour :Vertumne a changé ses livrées ;Et nos campagnes labouréesMe flattent d’un prochain retour.

Déjà le départ des PléiadesA fait retirer les nochers ;Et déjà les tristes HyadesForcent les frileuses DryadesDe chercher l’abri des rochers.

Le volage amant de ClytieNe caresse plus nos climats,Et bientôt des monts de ScythieLe fougueux époux d’OrythieVa nous ramener les frimas.

Ainsi, dès que le SagittaireViendra rendre nos champs déserts,J’irai, secret dépositaire,Près de ton foyer solitaire,Jouir de tes savants concerts.

En attendant, puissent leurs charmes,Apaisant le mal qui t’aigrit,Dissiper tes vaines alarmes,Et tarir la source des larmesD’une épouse qui te chérit !

Je sais que la fièvre et l’automnePourraient mettre Hercule aux abois ;Mais, si ma conjecture est bonne,La fièvre dont ton cœur frissonneEst la plus fâcheuse des trois.

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources