Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième
ODE VIII. A M. labre de Chaulieu
Tant qu’a duré l’influenceD’un astre propice et doux,Malgré moi, de ton absenceJ’ai supporté les dégoûts.
Je disois : Je lui pardonneDe préférer les beautésDe Palès et de PomoneAu tumulte des cités :
Ainsi l’amant de Glycère,Épris d’un repos obscur,Cherchoit l’ombre solitaireDes rivages de Tibur.
Mais aujourd’hui qu’en nos plainesLe chien brûlant de ProcrisDe Flore aux douces haleinesDessèche les dons chéris,
Veux-tu d’un astre perfideRisquer les âpres chaleurs,Et dans ton jardin arideSécher ainsi que tes fleurs ?
Crois-moi, suis plutôt l’exempleDe tes amis casaniers ;Et reviens goûter au Temple,L’ombre de tes marronniers.
Dans ce salon pacifiqueOù président les neuf Sœurs,Un loisir philosophiqueT’offre encor d’autres douceurs :
Là nous trouverons sans peineAvec toi, le verre en main,L’homme après qui DiogèneCourut si longtemps en vain ;
Et, dans la douce allégresseDont tu sais nous abreuver,Nous puiserons la sagesse,Qu’il chercha sans la trouver.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources