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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième

ODE VII. A une jeune veuve

Jean-Baptiste Rousseau· 81 vers

Quel respect imaginairePour les cendres d’un épouxVous rend vous-même contraireA vos destins les plus doux ?Quand sa course fut bornéePar la fatale journéeQui le mit dans le tombeau,Pensez-vous que l’HyménéeN’ait pas éteint son flambeau ?

Pourquoi ces sombres ténèbresDans ce lugubre réduit ?Pourquoi ces clartés funèbres,Plus affreuses que la nuit ?De ces noirs objets troublée.Triste, et sans cesse immoléeA de frivoles égards,Ferez-vous d’un mausoléeLe plaisir de vos regards ?

Voyez les Grâces fidèlesMalgré vous suivre vos pas,Et voltiger autour d’ellesL’Amour, qui vous tend les bras.Voyez ce dieu plein de charmes,Qui vous dit, les yeux en larmes :Pourquoi ces soins superflus,Pourquoi ces cris, ces alarmes ?Ton époux ne t’entend plus.

A sa triste destinéeC’est trop donner de regrets :Par les larmes d’une annéeSes mânes sont satisfaits.De la célèbre matrone,Que l’antiquité nous prône,N’imitez point le dégoût ;Ou, pour l’honneur de Pétrone,Imitez-la jusqu’au bout.

Les chroniques les plus amplesDes veuves des premiers tempsNous fournissent peu d’exemplesD’Artémises de vingt ans.Plus leur douleur est illustre.Et plus elle sert, de lustreA leur amoureux essor :Andromaque, en moins d’un lustre,Remplaça deux fois Hector.

De la veuve de SichéeL’histoire vous a fait peur :Didon mourut attachéeAu char d’un amant trompeur ;Mais l’imprudente mortelleN’eut à se plaindre que d’elle,Ce fut sa faute, en un mot :A quoi songeoit cette belle,De prendre un amant dévot ?

Pouvoit-elle mieux attendreDe ce pieux voyageur,Qui, fuyant sa ville en cendreEt le fer du Grec vengeur,Chargé des dieux de Pergame,Ravit son père à la flamme,Tenant son fils par la main,Sans prendre garde à sa femme,Qui se perdit en chemin ?

Sous un plus heureux auspice,La déesse des amoursVeut qu’un nouveau sacrificeLui consacre vos beaux jours :Déjà le bûcher s’allume,L’autel brille, l’encens fume,La victime s’embellit,L’amour même la consume,Le mystère s’accomplit.

Tout conspire à l’allégresseDe cet instant solennel :Une riante jeunesseFolâtre autour de l’autel ;Les Grâces à demi nuesA ces danses ingénuesMêlent de tendres accents ;Et, sur un trône de nues,Vénus reçoit votre encens.

81 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources