Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième
ODE XI. A philomèle
Pourquoi, plaintive Philomèle,Songer encore à vos malheurs,Quand, pour apaiser vos douleurs,Tout, cherche à vous marquer son zèle ?
L’univers, à votre retour,Semble renaître pour vous plaire ;Les Dryades à votre amourPrêtent leur ombre solitaire.
Loin de vous l’Aquilon fougueuxSouffle sa piquante froidure ;La terre reprend sa verdure ;Le ciel brille des plus beaux feux.
Pour vous l’amante de CéphaleEnrichit Flore de ses pleurs ;Le Zéphyr cueille sur les fleursLes parfums que la terre exhale.
Pour entendre vos doux accentsLes oiseaux cessent leur ramage ;Et le chasseur le plus sauvageRespecte vos jours innocents.
Cependant votre âme, attendriePar un douloureux souvenir,Des malheurs d’une sœur chérieSemble toujours s’entretenir.
Hélas ! que mes tristes penséesM’offrent des maux bien plus cuisants !Vous pleurez des peines passées,Je pleure des ennuis. présents ;
Et quand la nature attentiveCherche à calmer vos déplaisirs,Il faut même que je me priveDe la douceur de mes soupirs.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources