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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre deuxième

ODE XII. Faite en angleterre pour madame la d… de n… sur le gain d’un procès intenté contre son mariage

Jean-Baptiste Rousseau· 100 vers

Quels nouveaux concerts d’allégresseRetentissent de toutes parts !Quelle lumineuse déesseAttire ici tous les regards !C’est Thémis qui vient de descendre ;Thémis empressée à défendreL’honneur de son sexe outragé,Et qui, sur l’envie étouffée.Vient dresser un juste trophéeAu mérite qu’elle a vengé.

Par la nature et la fortuneTous nos destins sont balancés ;Mais toujours les bienfaits de l’unePar l’autre ont été traversés.O déesses ! une mortelleSeule à votre longue querelleFit succéder d’heureux accords :Vous voulûtes, à sa naissance,Signaler votre intelligence,En la comblant de vos trésors.

Mais que vois-je ? la noire Envie,Agitant ses serpents affreux,Pour ternir l’éclat de sa vie,Sort de son antre ténébreux.L’avarice lui sert de guide ;La Malice, au souris perfide,L’Imposture, aux yeux effrontés,De l’enfer filles inflexibles.Secouant leurs flambeaux horribles,Marchent sans ordre à ses côtés.

L’innocence, fière et tranquille,Voit leur complot sans s’ébranler,Et croit que leur fureur stérileEn vains éclats va s’exhaler.Mais son espérance est trompée :De Thémis, ailleurs occupée,Les secours étaient différés ;Et, par l’impunité plus fortes,Leur audace frappoit aux portesDes tribunaux les plus sacrés.

Enfin, Divinité brillante,Par toi leur orgueil est détruit,Et ta lumière étincelanteDissipe cette affreuse nuit.Déjà leur troupe confondueA ton aspect tombe éperdue ;Leur espoir meurt anéanti ;Et le noir démon du mensongeFuit, disparaît, et se replongeDans l’ombre dont il est sorti.

Quitte ces vêtements funèbres,Fille du ciel, noble Pudeur :La lumière sort des ténèbres,Reprends ta première splendeur.De cette divine mortelle,Dont tu fus la guide éternelle,Les lois ont été le soutien.Reviens, de festons couronnée,Et de palmes environnée,Chanter son triomphe et le tien.

Assez la Fraude et l’Injustice,Que sa gloire avoit su blesser,Dans les pièges de l’artificeOnt tâché de l’embarrasser.Fuyez, Jalousie obstinée ;De votre haleine empoisonnée,Cessez d’offusquer ses vertus :Regardez la Haine impuissante,Et la Discorde gémissante,Monstres sous ses pieds abattus.

Pour chanter leur joie et sa gloire,Combien d’immortelles chansonsLes chastes filles de MémoireVont dicter à leurs nourrissons !Oh ! qu’après la triste froidureNos yeux, amis de la verdure,Sont enchantés de son retour !Qu’après les frayeurs du naufrage,On oublie aisément l’orageQui cède à l’éclat d’un beau jour !

Tel souvent un nuage sombre,Du sein de la terre exhalé,Tient sous l’épaisseur de son ombreLe céleste flambeau voilé.La nature en est consternée,Flore languit abandonnée,Philomèle n’a plus de sons ;Et, tremblante à ce noir présage,Cérès pleure l’affreux ravageQui vient menacer ses moissons.

Mais bientôt vengeant leur injure,Je vois mille traits enflammésQui percent la prison obscureQui les retenoit enfermés.Le ciel de toutes parts s’allume ;L’air s’échauffe, la terre fume,Le nuage crève et pâlit ;Et, dans un gouffre de lumière,Sa vapeur humide et grossièreSe dissipe et s’ensevelit.

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources