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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre troisième

ODE IX. A S. E. M. Grimani,

AMBASSADEUR DE VENISE A LA COUR DE VIENNE, SUR LE DÉPART DES TROUPES IMPÉRIALES POUR LA CAMPAGNE DE 1716, EN HONGRIE

Jean-Baptiste Rousseau· 70 vers

Ils partent, ces cœurs magnanimes,Ces guerriers, dont les noms chérisVont être pour jamais écritsEntre les noms les plus sublimes :Ils vont en de nouveaux climatsChercher de nouvelles victimesAu terrible dieu des combats.

A leurs légions indomptablesBellone inspire sa fureur ;Le bruit, l’épouvante et l’horreurDevancent leurs flots redoutables,Et la mort remet dans leurs mainsCes tonnerres épouvantablesDont elle écrase les humains.

Un héros tout brillant de gloireLes conduit vers ces mêmes bordsOù jadis ses premiers effortsOnt éternisé sa mémoire.Sous ses pas naît la liberté ;Devant lui vole la victoire,Et Pallas marche à son côté.

O dieux ! quel favorable augurePour ces généreux fils de Mars !J’entends déjà de toutes partsL’air frémir de leur doux murmure ;Je vois, sous leur chef applaudi,Le Nord venger avec usureToutes les pertes du Midi.

Quel triomphe pour ta patrie,Et pour toi quel illustre honneur,Ministre né pour le bonheurDe cette mère si chérie,Toi de qui l’amour généreux,Toi de qui la sage industrieMénagea ces secours heureux !

Cent fois nous avons vu ton zèlePorter les pleurs de ses enfantsJusque sous les yeux triomphantsDu prince qui s’arme pour elle,Et qui, plein d’estime pour toi,Attire encor dans ta querelleCent princes soumis à sa loi.

C’est, ainsi que du jeune AtrideOn vit l’éloquente douleurIntéresser dans son malheurLes Grecs assemblés en Aulide :Et d’une noble ambitionArmer leur colère intrépidePour la conquête d’Ilion.

En vain l’inflexible NeptuneLeur oppose un calme odieux ;En vain l’interprète des dieuxFait parler sa crainte importune :Leur invincible fermetéLasse enfin l’injuste fortune,Les vents, et Neptune irrité.

La constance est le seul remèdeAux obstacles du sort jaloux ;Tôt ou tard, attendris pour nous,Les dieux nous accordent leur aide ;Mais ils veulent être implorés,Et leur résistance ne cèdeQu’à nos efforts réitérés.

Ce ne fut qu’après dix annéesD’épreuve et de travaux constants,Que ces glorieux combattantsTriomphèrent des destinées,Et que, loin des bords phrygiens,Ils emmenèrent enchaînéesLes veuves des héros troyens.

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources