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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE V. Amymone

Jean-Baptiste Rousseau· 64 vers

Sur les rives d’Argos, près de ces bords aridesOù la mer vient briser ses flots impérieux,La plus jeune des Danaïdes,Amymone, imploroit l’assistance des dieux.Un Faune poursuivoit cette belle craintive,Et levant ses mains vers les cieux :Neptune, disoit-elle, entends ma voix plaintive,Sauve-moi des transports d’un amant furieux.

A l’innocence poursuivie,Grand dieu, daigne offrir ton secours ;Protège ma gloire et ma vieContre de coupables amours.

Hélas ! ma prière inutileSe perdra-t-elle dans les airs ?Ne me reste-t-il plus d’asileQue le vaste abîme des mers ?

A l’innocence poursuivie,Grand dieu, daigne offrir ton secours ;Protège ma gloire et ma vieContre de coupables amours.

La Danaïde, en pleurs, faisoit ainsi sa plainte,Lorsque le dieu des eaux vint dissiper sa crainte ;Il s’avance entouré d’une superbe cour :Tel, jadis, il parut aux regards d’Amphitrite,Quand il fit marcher à sa suiteL’Hyménée et le dieu d’amour.Le Faune, à son aspect, s’éloigne du rivage ;Et Neptune, enchanté, surpris,L’amour peint dans les yeux, adresse ce langageA l’objet dont il est épris :

Triomphez, belle princesse,Des amants audacieux :Ne cédez qu’à la tendresseDe qui sait aimer le mieux.

Heureux le cœur qui vous aime,S’il étoit aimé de vous !Dans les bras de Vénus mêmeMars en deviendroit jaloux.

Triomphez, belle princesse,Des amants audacieux :Ne cédez qu’à la tendresseDe qui sait aimer le mieux.

Qu’il est facile aux dieux de séduire une belle !Tout parloit en faveur de Neptune amoureux :L’éclat d’une cour immortelle,Le mérite récent d’un secours généreux.Dieux ! quels secours !Amour, ce sont là de tes jeux.Quel Satyre eût été plus à craindre pour elle ?Thétis, en rougissant, détourna ses regards ;Doris se replongea dans ses grottes humides,Et, par cette leçon, apprit aux NéréidesA fuir de semblables hasards.

Tous les amants savent feindre ;Nymphes, craignez leurs appas :Le péril le plus à craindreEst celui qu’on ne craint pas.

L’audace d’un téméraireEst aisée à surmonter :C’est l’amant qui sait nous plaireQue nous devons redouter.

Tous les amants savent feindre ;Nymphes, craignez leurs appas :Le péril le plus à craindre.Est celui qu’on ne craint pas.

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources