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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE XV. Calisto

Jean-Baptiste Rousseau· 56 vers

« Déesse des forêts, à vos pieds je m’engageA mépriser l’amour, à détester ses feux.Puissé-je devenir, si je trahis mes vœux,Des objets de ces bois l’objet le plus sauvage ! »Calisto, ce fut là ton serment ; mais, hélas !Ta fatale beauté ne le confirmoit pas.

O beauté, partage funeste,A tous les autres préféré,Vous êtes du courroux célesteLe gage le plus assuré !

Mille embûches toujours certainesSemblent conjurer vos malheurs :La volupté forme vos chaînes,Votre orgueil les couvre de fleurs.

O beauté, partage funeste,A tous les autres préféré,Vous êtes du courroux célesteLe gage le plus assuré !

En vain mille mortels avoient brûlé pour elle,Sa constante vertu lui fut toujours fidèle.Mais qui peut, dieux cruels, braver votre pouvoir ?Jupiter, sous les traits de Diane elle-même,Séduit enfin cette nymphe qu’il aime,Et la force à trahir ses vœux et son devoir.

Feux illégitimes,Trompeuse douceur,Dans quels noirs abîmesPlongez-vous mon cœur ?

La sombre tristesseToujours me poursuit :La crainte me presse,Le repos me fuit.

Feux illégitimes,Trompeuse douceur,Dans quels noirs abîmesPlongez-vous mon cœur ?

C’en est fait ; et déjà la sévère DianeA reconnu le fruit d’un malheureux amour.Sors de mes yeux, objet profane,Ne souille plus, dit-elle, un si chaste séjour ;Transformée en ourse effroyable,Va cacher dans les bois ta honte et tes plaisirs :Sous cette forme épouvantable,Que Jupiter, s’il veut, t’offre encor ses soupirs.

Vous qui dans l’esclavageTenez le cœur des dieux,Craignez toujours l’hommageQu’ils rendent à vos yeux.

Aux douceurs du mystèreLe calme est attaché :Ce que la gloire éclaireN’est pas longtemps caché.

Vous qui dans l’esclavageTenez le cœur des dieux,Craignez toujours l’hommageQu’ils rendent à vos yeux.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources