Œuvres, 1712· Cantates
CANTATE XVI. L’amour dévoilé
Ne me reprochez plus tous les maux que j’ai faits,Disoit le dieu d’amour aux nymphes des forêts ;Si j’ai rendu tant de cœurs misérables,De tant d’heureux mortels si j’ai troublé la paix,Et si tout l’univers se plaint de mes forfaits,.Les destins seuls en sont coupables :Ils m’ont voilé les yeux par d’injustes arrêts ;Et je ne saurais voir sur qui tombent mes traits.
Dans une obscurité profonde,Je porte au hasard mon flambeau :Otez à l’Amour son bandeau,Vous rendrez le repos au monde.
Les mortels, d’une ardeur extrême,M’ont choisi pour leur commander :Mais comment puis-je les guider ?Je ne puis me guider moi-même.
Dans une obscurité profonde.,Je porte au hasard mon flambeau :Otez à l’Amour son bandeau,Vous rendrez le repos au monde.
Ainsi parloit l’Amour. Mais quel heureux effortPouvoit accomplir ce miracle ?C’est à vous, belle Iris, c’est à vous que le sortPermet-toit de lever cet invincible obstacle :Un dieu jouit par vous de la clarté du jour ;Mais dans vos yeux, ô ciel ! quelle clarté nouvelleS’offrit aux regards de l’Amour !Surpris en vous voyant, si charmante et si belle,Il vous donna dès lors une foi solennelleD’abandonner pour vous et Vénus et sa cour.
L’Amour a quitté sa mèrePour se soumettre à vos lois :Il ne vit que pour vous plaire.Et la reine de CythèreN’ose condamner son choix.
Les Grâces et la JeunesseVous parent de mille fleurs,Et peignent votre sagesseDes plus riantes couleurs.
L’Amour a quitté sa mèrePour se soumettre à vos lois :Il ne vit que pour vous plaire,Et la reine de CythèreN’ose condamner son choix.
Goûtez, mortels, goûtez les heureux avantagesQui depuis si longtemps vous étoient inconnus.L’Amour est sans bandeau ; que de maux prévenus !Et pour vous, jeunes cœurs, quels fortunés présages !
Iris a dessillé les yeuxDu dieu qui régit la nature ;Amour, tes traits victorieuxNe partent plus à l’aventure.
On ne voit plus d’amant rebelle,Ni de cœurs lassés de leurs fers :Les yeux de l’Amour sont ouverts ;Il n’en blesse plus que pour elle.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources