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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE XIV. Pour l’hiver

Jean-Baptiste Rousseau· 44 vers

Vous, dont le pinceau téméraireReprésente l’hiver sous l’image vulgaireD’un vieillard foible et languissant.Peintres injurieux, redoutez la colèreDe ce dieu terrible et puissant :Sa vengeance est inexorable,Son pouvoir jusqu’aux cieux sait porter la terreurLes efforts des Titans n’ont rien de comparableAu moindre effet de sa fureur.

Plus fort que le fils d’Alcmène,Il met les fleuves aux fers ;Le seul vent de son haleineFait trembler tout l’univers.

Il déchaîne sur la terreLes aquilons furieux :Il arrête le tonnerreDans la main du roi des dieux.

Plus fort que le fils d’Alcmène,Il met les fleuves aux fers ;Le seul vent de son haleineFait trembler tout l’univers.

Mais si sa force est redoutable,Sa joie est encor plus aimable :C’est le père des doux loisirs ;Il réunit les cœurs, il bannit les soupirs,Il invite aux festins, il anime la scène :Les plus belles saisons sont des saisons de peine ;La sienne est celle des plaisirs.Flore peut se vanter des fleurs qu’elle nous donne ;Cérès, des biens qu’elle produit ;Bacchus peut s’applaudir des trésors de l’automne ;Mais l’hiver, l’hiver seul en recueille le fruit.

Les dieux du ciel et de l’onde.Le soleil, la terre et l’air,Tout travaille dans le mondeAu triomphe de l’hiver.

C’est son pouvoir qui rassembleBacchus, l’Amour et les Jeux :Ces dieux ne règnent ensembleQue quand il règne avec eux.

Les dieux du ciel et de l’onde,Le soleil, la terre et l’air,Tout travaille dans le mondeAu triomphe de l’hiver.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources