Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées
Cantique
TIRE DU PSAUME XLVII Magnus Dominus et laudabilis nimis, etc. ACTIONS DE GRACES POUR LES BIENFAITS QU’ON A REÇUS DE DIEU
La gloire du Seigneur, sa grandeur immortelle,De l’univers entier doit occuper le zèle :Mais, sur tous les humains qui vivent sous ses lois,Le peuple de Sion doit signaler sa voix.
Sion, montagne auguste et sainte,Formidable aux audacieux ;Sion, séjour délicieux,C’est toi, c’est ton heureuse enceinteQui renferme le Dieu de la terre et des cieux.O murs ! ô séjour plein de gloire !Mont sacré, notre unique espoir,Où Dieu fait régner la victoire,Et manifeste son pouvoir !
Cent rois, ligués entre eux pour nous livrer la guerre,Étaient venus sur nous fondre de toutes parts ;Ils ont vu nos sacrés remparts :Leur aspect foudroyant, tel qu’un affreux tonnerre,Les a précipités au centre de la terre.
Le Seigneur dans leur camp a semé la terreur :Il parle, et nous voyons leurs trônes mis en poudre,Leurs chefs aveuglés par l’erreur,Leurs soldats consternés d’horreur,Leurs vaisseaux submergés ou brisés par la foudre,Monuments éternels de sa juste fureur.
Rien ne saurait troubler les lois inviolablesQui fondent le bonheur de ta sainte cité :Seigneur, toi-même en as jetéLes fondements inébranlables.Au pied de tes autels humblement prosternés,Nos vœux par ta clémence ont été couronnés.
Des lieux chéris où le jour prend naissance,Jusqu’aux climats où finit sa splendeur,Tout l’univers révère ta puissance,Tous les mortels adorent t’a grandeur.
Publions les bienfaits, célébrons la justiceDu Souverain de l’univers :Que le bruit de nos chants vole au delà des mers ;Qu’avec nous la terre s’unisse ;Que nos voix pénètrent les airs,Élevons jusqu’à lui nos cœurs et nos concerts.
Vous, filles de Sion, florissante jeunesse,Joignez-vous à nos chants sacrés ;Formez des pas et des sons d’allégresseAutour de ces murs révérés ;Venez offrir des vœux pleins de tendresseAu Seigneur que vous adorez.
Peuple, de qui l’appui sur sa bonté se fonde,Allez dans tous les coins du mondeA son nom glorieux élever des autels :Les siècles à venir béniront votre zèle,Et de ses bienfaits immortelsL’Éternel comblera votre race fidèle.
Marquons-lui notre amour par des vœux éclatants ;C’est notre Dieu, c’est notre père,C’est le roi que Sion révère ;De son règne éternel les glorieux instantsDureront au delà des siècles et des temps,
57 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources