Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées
ODE XVII. Confiance de l’homme juste dans la protection de dieu
TIRÉE DU PSAUME XLV Deus noster refugium et virtus, etc.
Puisque notre Dieu favorableNous assure de son secours,Il n’est plus de revers capableDe troubler la paix de nos jours ;Et si la nature fragileÉToit à ses derniers moments,Nous la verrions d’un œil tranquilleS’écrouler dans ses fondements.
Par les ravages du tonnerreNous verrions nos champs moissonnés,Et des entrailles de la terreLes plus hauts monts déracinés ;Nos yeux verraient leur masse aride,Transportée au milieu des airs,Tomber d’une chute rapideDans le vaste gouffre des mers.
Les remparts de la cité sainteNous sont un refuge assuré ;Dieu lui-même dans son enceinteA marqué son séjour sacré ;Une onde pure et délectableArrose avec légèretéLe tabernacle redoutableOù repose sa majesté.
Les nations à main arméeCouvraient nos fertiles sillons ;On a vu les champs d’IduméeInondés de leurs bataillons :Le Seigneur parle, et l’infidèleTremble pour ses propres États ;Il flotte, il se trouble, il chancelle,Et la terre fuit sous ses pas.
Venez, nations arrogantes,Peuples vains et voisins jaloux,Voir les merveilles éclatantesQue sa main opère pour nous.Que pourront vos ligues forméesContre le bonheur de nos jours,Quand le bras du Dieu des arméesS’armera pour notre secours ?
Par lui ces troupes infernales,A qui nos champs furent ouverts,Iront de leurs flammes fatalesEmbraser un autre univers ;Sa foudre, prompte à nous défendreDes méchants et de leurs complots,Mettra leurs boucliers en cendre,Et brisera leurs javelots.
Arrête, peuple impie, arrête,Je suis ton Dieu, ton souverain ;Mon bras est levé sur ta tête ;Les feux vengeurs sont dans ma main !Vois le ciel, vois la terre et l’ondeRemplis de mon immensité,Et, dans tous les climats du monde,Mon nom des peuples exalté.
Toi, pour qui l’ardente victoireMarche d’un pas obéissant,Seigneur, combats pour notre gloire,Protège ton peuple innocent ;Et fais que notre humble patrie,Jouissant d’un calme promis,Confonde à jamais la furieDe nos superbes ennemis.
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources