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un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées

ODE XVI. « Le Seigneur est connu dans nos climats paisibles  »

TIRÉE DU PSAUME LXXV ET APPLIQUÉE A LA DERNIÈRE GUERRE DES TURCS Notus in Judoea Deus, etc.

Jean-Baptiste Rousseau· 60 vers

Le Seigneur est connu dans nos climats paisibles ;Il habite avec nous, et ses secours visiblesOnt de son peuple heureux prévenu les souhaits.Ce Dieu, de ses faveurs nous comblant à toute heure,A fait de sa demeureLa demeure de paix.

Du haut de la montagne où sa grandeur réside,Il a brisé la lance et l’épée homicideSur qui l’impiété fondoit son ferme appui.Le sang des étrangers a fait fumer la terre,Et le feu de la guerreS’est éteint devant lui.

Une affreuse clarté dans les airs répandueA jeté la frayeur dans leur troupe éperdue :Par l’effroi de la mort ils se sont dissipés ;Et l’éclat foudroyant des lumières célestesA dispersé leurs restesAux glaives échappés.

Insensés, qui, remplis d’une vapeur légère,Ne prenez pour conseil qu’une ombre mensongèreQui vous peint des trésors chimériques et vains,Le réveil suit de près vos trompeuses ivresses,Et toutes vos richessesS’écoulent de vos mains.

L’ambition guidoit vos escadrons rapides ;Vous dévoriez déjà, dans vos courses avides,Toutes les régions qu’éclaire le soleil :Mais le Seigneur se lève ; il parle, et sa menaceConvertit votre audaceEn un morne sommeil.

O Dieu, que ton pouvoir est grand et redoutable !Qui pourra se cacher au trait inévitableDont tu poursuis l’impie au jour de ta fureur ?A punir les méchants ta colère fidèleFait marcher devant elleLa mort et la terreur.Contre ces inhumains tes jugements augustesS’élèvent pour sauver les humbles et les justesDont le cœur devant toi s’abaisse avec respect.Ta justice paraît, de feux étincelante,Et la terre tremblanteS’arrête à ton aspect.

Mais ceux pour qui ton bras opère ces miraclesN’en cueilleront le fruit qu’en suivant tes oracles,En bénissant ton nom, en pratiquant ta loi.Quel encens est plus pur qu’un si saint exercice ?Quel autre sacrificeSerait digne de toi ?

Ce sont là les présents, grand Dieu, que tu demandes.Peuples, ce ne sont point vos pompeuses offrandesQui le peuvent payer de ses dons immortels :C’est par une humble foi, c’est par un amour tendre,Que l’homme peut prétendreD’honorer ses autels.

Venez donc adorer le Dieu saint et terribleQui vous a délivrés par sa force invincibleDu joug que vous avez redouté tant de fois ;Qui d’un souffle détruit l’orgueilleuse licence.Relève l’innocence,Et terrasse les rois.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources