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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1712· Cantates

CANTATE XIII. Contre l’hiver

Jean-Baptiste Rousseau· 46 vers

Arbres dépouillés de verdure,Malheureux cadavres des bois,Que devient aujourd’hui cette riche parureDont je fus charmé tant de fois ?Je cherche vainement dans cette triste plaineLes oiseaux, les zéphyrs, les ruisseaux argentés :Les oiseaux sont sans voix, les zéphyrs sans haleine,Et les ruisseaux dans leur cours arrêtés.Les aquilons fougueux règnent seuls sur la terre ;Et mille horribles sifflementsSont les trompettes de la guerreQue leur fureur déclare à tous les éléments.

Le Soleil, qui voit l’insolenceDe ces tyrans audacieux,N’ose étaler en leur présenceL’or de ses rayons précieux.

La crainte a glacé son courage,Il est sans force et sans vigueur ;Et la pâleur sur son visagePeint sa tristesse et sa langueur.

Le Soleil, qui voit l’insolenceDe ces tyrans audacieux,N’ose étaler en leur présenceL’or de ses rayons précieux.

Du tribut que la mer reçoit de nos fontaines,Indignés et jaloux, leur souffle mutinéTient les fleuves chargés de chaînes,Et soulève contre eux l’Océan déchaîné.L’orme est brisé, le cèdre tombe,Le chêne le plus dur succombeSous leurs efforts impérieux ;Et les saules couchés, étalant leurs ruines,Semblent baisser leur tête et lever leurs racinesPour implorer la vengeance des cieux.

Rois paisibles et sombres,Qui prodiguiez vos ombresAux larcins amoureux,Expiez tous vos crimes,Malheureuses victimesD’un hiver rigoureux ;

Tandis qu’assis à table,Dans un réduit aimable,Sans soins et sans amour,Près d’un ami fidèle,De la saison nouvelleJ’attendrai le retour.

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources