Œuvres, 1712· Odes· Livre premier Odes sacrées
ODE VII. Contre les calomniateurs
TIRÉE DU PSAUME CXIX Ad Dominum, cum tribularer, clamavi, etc.
Dans ces jours destinés aux larmes,Où mes ennemis en fureurAiguisoient contre moi les armesDe l’imposture et de l’erreur,Lorsqu’une coupable licenceEmpoisonnoit mon innocence,Le Seigneur fut mon seul recours :J’implorai sa toute-puissance,Et sa main vint à mon secours.
O Dieu, qui punis les outragesQue reçoit l’humble vérité,Venge-toi, détruis les ouvragesDe ces lèvres d’iniquité ;Et confonds cet homme parjureDont la bouche non moins impurePublie avec légèretéLes mensonges que l’impostureInvente avec malignité.
Quel rempart, quelle autre barrièrePourra défendre l’innocentContre la fraude meurtrièreDe l’impie adroit et puissant ?Sa langue aux feintes préparéeRessemble à la flèche acéréeQui part et frappe en un moment :C’est un feu léger dès l’entrée,Que suit un long embrasement.
Hélas ! dans quel climat sauvageAi-je si longtemps habité !Quel exil ! quel affreux rivage !Quels asiles d’impiété !Cédar, où la fourbe et l’envieContre ma vertu poursuivieSe déchaînèrent si longtemps,A quels maux ont livré ma vieTes sacrilèges habitants !
J’ignorois la trame invisibleDe leurs pernicieux forfaits ;Je vivois tranquille et paisibleChez les ennemis de la paix :Et lorsque, exempt d’inquiétude,Je faisois mon unique étudeDe ce qui pouvoit les flatter,Leur détestable ingratitudeS’armoit pour me persécuter.
45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1869· numérisation gallica.bnf.fr· Sources